Mars-Aout 2021

Le récit d'une aventure

Deux étudiants en prépa, une envie commune de liberté : c'est comme ça que tout a commencé.
Voici le récit de notre aventure de 10 jours dans les Pyrénées!

La genèse

Depuis l'été 2020 et une nuit dans la voiture sur un col du Pays-Basque avec mes frères, j'avais envie d'explorer les montagnes avec mon appareil photo pour profiter des ciels sombres, loin des villes.
L'algorithme de YouTube me propose ensuite de multiples vidéos de voyage, de vanlife...jusqu'au jour où ce n'est pas une vidéo de road trip, mais une vidéo de bike-packing qui apparaît sur mon écran. J'en discute avec un ami qui a déjà sillonné une bonne partie du sud de la France en vélo, et il n'en faut pas beaucoup plus pour me motiver !
C'est à partir de là, en janvier 2021 environ, que je découvre le monde magnifique du voyage à vélo.
Je me renseigne, je passe beaucoup de temps à faire des recherches, et je commence à construire mon vélo...

Mon vélo

Vélo d'origine
Pendant les vacances de février, je commence à construire mon propre vélo de voyage !
Je pars d'un vieux cadre en acier Décathlon Torrent K4 de 1990, stocké dans l'humidité depuis de longues années. Les roulements à billes sont fendillés, les roues tournent à peine, tout ce qui doit bouger est bloqué par la rouille. Mais le système de transmission est heureusement encore bon. Je m'attèle au chantier de rénovation complète, et je rencontre plein de problèmes ! Aucune vis ne se dévisse correctement, le tube de selle en aluminium est soudé chimiquement au cadre en acier, le boîtier de pédalier est coincé...bref, je suis obligé d'improviser comme dans tout bon bricolage !
Pour le tube de selle, je passe au moins 2h à le scier dans la longueur pour enfin pouvoir l'extraire. Pour cela, j'imprime en 3D un outils qui permet de guider la lame de la scie.
Vélo fini
Ensuite, c'est le boîtier de pédalier qui pose des problèmes. Il est tellement coincé que je dois faire fondre les cuvettes avec un chalumeau pour l'extraire à coups de marteau ! Mais au bout d'une semaine, j'arrive enfin à mettre le cadre à nu. J'enchaîne ensuite la peinture, le graissage et le remontage, et me voilà prêt à rouler !! Au moins maintenant je connais la moindre pièce et le moindre réglage de mon vélo !

Mes sacoches bidons

Sacoches bidons
En voyage à vélo, il faut pouvoir transporter l'ensemble du matériel sur son vélo : tente, réchaud, sac de couchage, vêtements...il y a un volume assez important. Les sacoches étanches réputées, par exemple de la marque Ortlieb ou Vaude, sont très chères. Encore une fois sur YouTube, je trouve une vidéo de Caméléon à Bicyclette qui a parcouru de nombreux kilomètres avec des sacoches confectionnées à partir de bidons en plastiques.
Je me procure des bidons sur Leboncoin. Après avoir raconté mon projet au vendeur, ils m'ont finalement été offerts !
Une barre de métal qui traînait dans la cave, des vis et écrous, une anse de sac de supermarché, un bout du tuyau d'arrosage récupéré dans les poubelles des voisins, et deux sacoches de 20L ont vu le jour ! Rigides, étanches, et espérons-le durables !

La formation d'une équipe !!

A le rentrée des vacances de février, sur les bancs de la cour de la prépa, Lucas et moi discutons de vélo, et je demande à Lucas, sur le ton d'une plaisanterie, si il veut partir avec moi. Lucas a répondu oui...et c'était parti !
L'équipe était ainsi formée, pour un projet un peu fou, sans savoir ni comment ni quand, mais avec une envie commune : grands espaces, nature, liberté, pour contraster avec ces deux années monotones de prépa.

La prépa...encore...mais plus pour longtemps

Salle de concours : l'usine
Confinement, "vacances" de révisions, le mois de mai arrive enfin, et c'est l'heure des concours écrits. La fin de la prépa approche, la consommation de vidéos YouTube augmente conjointement à la connaissance théorique du bikepacking et à la motivation. Après il y a les révisions des oraux. L'ambiance estivale commence à poindre. Des footings, des sorties avec mon vélo, c'est l'heure de préparer les jambes et le cardio !

Le vélo de Lucas

Vélo avant modifs
Lucas a un B'Twin Triban 100, vélo de route, cadre aluminium, monoplateau, 7 vitesses. Commme nous allons majoritairement rester sur route, ce vélo convient parfaitement, mais dans les cols, le monoplateau semble un peu osé. Lucas veut le remplacer par un triple plateau, et comme par hasard, les vis ne tournent plus, impossible de démonter les manivelles.
Par magie, le pédalier finit par se laisser faire, mais la vis de maintient de la manivelle droite n'a plus d'empreinte de clé...dernière solution : percer la vis dans l'axe pour en faire sauter la tête. Avec des mèches pour béton ou des mèches pour métal très usées, cela nous prend 2h non-stop pour enfin faire céder cette vis. Elle deviendra l'emblème du vélo de Lucas. Mais nous avons enfin chacun un vélo prêt à affronter le Tourmalet !

Première sortie !

Première sortie en vallée de Chevreuse !
13 juin, 26°C, plein soleil, rien de mieux qu'un petit tour en vallée de Chevreuse ! Nous roulons 41km, en passant par des endroits parfois peu cyclables (par exemple une descente à 23% sur un chemin de randonnée avec cailloux et racines...).
Les montées nous font peur sachant que nous serons bien chargés, mais nous pourrons toujours pousser le vélo en marchant !



Équipement

L'équipement
Nous nous équipons de matériel à la fois léger, économique et durable, à grand renfort de Decathlon. Pour l'éléctricité, j'emporte un panneau solaire 24W BigBlue et une batterie externe Anker.


L'heure du départ

Départ
Réveil 5h. Nous rejoignons Toulouse par le train. Bien fatigués mais très motivés !!
L'emplacement vélo dans le TGV remplace l'espace bagage du wagon...donc il n'y a plus assez de place pour les bagages des autres voyageurs. Refléchissez la SNCF !



Jour 1 : vers le Sud

55km vers le Sud. Facile... Mais à 10km du départ...pchiiiit ! Le pneu de Lucas se dégonfle en un rien de temps : le pneu est lacéré sur la bande de roulement. Sans doute un morceau de verre.

Transporteur de l'extrême
Le trou est trop grand, il faut changer le pneu qui de toute façon était en fin de vie. Décathlon le plus proche ? 6km, pneus 700x28 en stock. Je décharge mes saccoches, et je file en acheter.
Finalement tout fini bien, mais nous repartons avec 3h de retard. Heureusement que cela nous arrive à Toulouse et pas au milieu de la pampa !





Premier bivouac
Après un ravitaillement, nous campons dans un champ, 10km plus tôt que prévu, mais avec vue sur les montagnes à l'horizon. Objectif en vue !



Jour 2 : dans les montagnes

Bivouac paisible
Aujourd'hui, il faut faire les 50km prévus et rattraper les 10km de la veille. Heureusement, nous roulons sans encombre, dans des paysages assez monotone au début qui laissent progressivement apparaître de légers dénivelés.
Nous bivouaquons sur une petite colline, avec pour seul bruit les cloches des moutons et de vaches.

Jour 3 : premier col

Le port de Balès. 19km de montée, très irrégulière, sous la brume pour la fin.

Col : Port de Balès
Le peu de paysage que nous voyons est grandiose : tout est sauvage, la brume plane dans les vallées, le silence est roi. Mais les pentes aussi sont grandioses...certains kilomètres avec des pentes de 14% (14m de grimpés pour 100m de parcourus). Nous arrivons en haut, au bout de notre vie, mais très fiers et heureux !
Au sommet, nous rencontrons Manu, un traileur aguéri qui avait aussi fait des périples à vélo. Des conseils et des encouragements bienvenus après ces nombreuses heures de souffrance.

Col : Port de Balès
La descente est plus facile, et l'autre versant, moins embrumé, nous laisse découvrir un paysage magique.
Nous bivouaquons dans un champ quelques km après le début de notre deuxième col : Peyresourde.



Jour 4 : l'apocalypse

Bivouac apocalyptique
Nous finissons sans encombre le col de Peyresourde, cette fois-ci sans brume.
Après une pause dèj, nous enchaînons sur la Hourquette d'Ancizan. Et là les choses deviennent compliquées : au bout de quelques km, la brume nous tombe dessus. S'ajoutants aux dénivelés, l'humidité et l'absence totale de visibilité rendent la montée éprouvante.
Nous arrivons en haut, sans voir à plus de 5m, et posons le bivouac au premier endroit plat que nous trouvons au bord de la route.

Jour 5 : l'ascension

En haut du Tourmalet
La brume s'est levée, le paysage est sublime, et nous voyons le pic du Midi au loin. C'est dans cette direction que nous allons.

Objectif : le Tourmalet. Nous descendons la hourquette d'Ancizan, et roulons vers le bas du Tourmalet. Nous entamons la montée en début d'après-midi.

La montée est bien moins rude que le port de Balès ! Les paysages sont beaux, mais la route, assez passante, n'est pas rassurante. Dommage pour un col réputé du Tour de France.
Bivouac étoilé

Nous arrivons au sommet sous la brume encore une fois, mais avec l'espoir que cela se découvre !
C'est lorsque nous préparons le bivouac que la brume se lève. Le paysage qui se dévoile est sublime. Des murs de roche, impressionnants, se dressent des deux cotés du col. S'en suit un coucher de Soleil magnifique.

Juste en bas du pic du Midi et de son observatoire, mais tout de même à 2115m, le ciel est extrêmement pur. La nuit claire nous a permis d'admirer les étoiles : la Voie Lactée la plus belle que j'ai jamais vue. C'était l'occasion de sortir l'appareil photo et le trépied !

Jour 6 : détour salvateur

La nuit fut courte. Sur le coup de 4h du matin, le vent s'est levé. Un vent à déplacer les montagnes...et à plier la tente. J'ai passé les dernières heures de ma nuit à tenir l'arceau de ma tente pour ne pas qu'il se casse.
Nous décidons donc de poursuivre en allongeant un peu le parcours par la vallée pour éviter le col de l'Aubisque. Nous passons donc par Lourdes et continuons quelques kilomètres. Nous bivouaquons et passons une bonne nuit réparatrice sur un terrain de foot abandonné, seulement utilisé par un chevreuil.

Jour 7 : ça roule

En passant par la vallée, nous évitons les pentes, mais il faut rouler plus. C'est donc une journée kilométrique, mais toujours sympatique. Les routes sont peu fréquentées, et réservent quelques pentes pour être sûr de ne pas s'ennuyer. Nous rencontrons un collègue bikepacker qui décide de camper avec nous plutôt que de continuer dans la brume.

Jour 8 : encore un col

Col du Soudet
Objectif : col du Soudet
Un "petit" col, en passant par la magnifique forêt d'Issaux. Les paysages sont à couper le souffle (la montée aussi), et c'est notre premier col fait intégralement sans brume ! C'est agréable de ne pas être humide jusqu'à l'os !
Nous assistons à un coucher de Soleil flamboyant.

Bivouac : col du Soudet
Nous pensons cette fois-ci à nous mettre à l'abris du vent, quelques mètres en contre-bas. Et nous avons bien fait. Le vent cette nuit là était encore plus fort que sur le Tourmalet. Le bruit du vent dans les branches nous maintient éveillés à partir d'1h du matin. Et Lucas, pas assez en contre-bas, doit tenir à son tour les arceaux de sa tente.


Avec les 3h de sommeil que nous ont octroyé le vent, épuisés, nous décidons de finir notre périple par la vallée. Nous évitons ainsi le col d'Iraty, réputé pour être horriblement pentu. Plusieurs locaux nous l'ont confirmé.

Jours 9 et 10 : "on va prendre la vallée, ça sera plat..."

La compagnie en bivouac
Nous découvrons ainsi le Pays-Basque "d'en bas". Pas de moutons en liberté ni de Pottoks. Mais des fermes magnifiques et des maisons typiques impressionnantes. Nous passons par la fameuse ville d'Espelette. Nous bivouaquons soit dans un champ isolé, soit dans un autre champ isolé. Cette fois-ci les moutons sont dans des champs.
Nous franchissons tout de même de nombreux petits cols, entre 400m et 500m d'altitude. L'effort est très fractionné, ce dont nous n'avons pas du tout l'habitude ! C'est tout de même toujours assez rude physiquement, et nous comprenons alors que nous avons fait le bon choix en évitant les derniers hauts cols.

Jour 10 : après 550km, retour à la civilisation

La baie de St Jean de Luz

Nous arrivons à Saint-Jean de Luz vers 11h. Il y a des gens partout, les rues sont bondées. C'est quelque chose qui ne m'avait vraiment pas manqué !




La fin d'une aventure

Cette expérience restera gravée. De la construction de mon vélo jusqu'en haut des cols du Tour de France, j'ai énormement appris. Autant sur le plan de la mécanique que sur le plan mental et physique. Avec Lucas nous avons su sortir de notre zone de confort tout en reconnaissant nos limites : nous avons ainsi profité de chaque instant en toute sécurité !
Je suis entièrement séduit par ce mode de voyage. Le vélo est pour moi le meilleur moyen de découvrir le monde. Pas de pétrole (#camping cars qui fument noir dans les cols), pas de bruit (#motos), et surtout le bon rythme pour vraiment découvrir et profiter des lieux traversés.
Prochain objectif : les volcans d'Auvergne ? La Nordmandie ? Les côtes Bretonnes ? Les Vosges ? Le monde ?

Le budget

Investissement à long terme :
-Rénovation totale du vélo : 500€
-Equipement bivouac : 350€

Coût de consommation:
-TGV : 80€
-Nourriture : 100€ par personne pour 10jours

Photos